Commentaire sur Jean Paul Sartre, Les Mots, 1964

*Nota: Este es un comentario de texto que he realizado yo mismo, y que aún no ha sido corregido. Lo dejo por aquí, porque estuve buscando en google algo parecido sin encontrarlo.

Jean Paul Sartre, Les Mots, 1964
À peine eus-je commencé d’écrire, je posai ma plume pour jubiler. L’imposture était la même mais j’ai dit que je tenais les mots pour la quintessence des choses. Rien ne me troublait plus que de voir mes pattes de mouche échanger peu à peu leur luisance de feux follets contre la terne consistance de la matière: c’était la réalisation de l’imaginaire. Pris au piège de la nomination, un lion, un capitaine du second Empire, un Bédouin s’introduisaient dans la salle à manger; ils y demeuraient à jamais captifs, incorporés par les signes; je crus avoir ancré mes rêves dans le monde par les grattements d’un bec d’acier. Je me fis donner un cahier, une bouteille d’encre violette, j’inscrivis sur la couverture: “Cahier de romans.” Le premier que je menai à bout, je l’intitulai: “Pour un papillon”. Un savant, sa fille, un jeune explorateur athlétique remontaient le cours de l’Amazone en quête d’un papillon précieux. L’argument, les personnages, le détail des aventures, le titre même, j’avais tout emprunté à un récit en images paru le trimestre précédent. Ce plagiat délivrait de mes dernières inquiétudes: tout était forcément vrai puisque je n’inventais rien. Je n’ambitionnais pas d’être publié mais je m’étais arrangé pour qu’on m’eût imprimé d’avance et je ne traçais pas une ligne que mon modèle ne cautionnât. Me tenais-je pour un copiste? Non. Mais pour un auteur original: je retouchais, je rajeunissais; par exemple, j’avais pris soin de changer les noms des personnages.

Ces légères altérations m’autorisaient à confondre la mémoire et l’imagination sûreté qu’on prête à l’inspiration entre sept et huit ans.

Je ne fus jamais tout à fait de cette “écriture automatique”. Mais le jeu me plaisait aussi pour lui-même: fils unique, je pouvais y jouer seul. Par moments, j’arrêtais ma main, je feignais d’hésiter pour me sentir, front sourcilleux, regard halluciné, un écrivain. J’adorais le plagiat, d’ailleurs, par snobisme et je le poussais délibérément à l’extrême comme on va voir.

Commentaire
Les Mots est le titre d’une autobiographie publiée par Jean-Paul Sartre en 1964. Le récit couvre son enfance de 4 à 11 ans et se divise en deux parties : “Lire” et “écrire”.
L’oeuvre est structurée en cinq actes ou parties.
Donc, on peut affirmer que ce fragment de texte appartient au troisième acte où Sartre se rende compte que le “plagiat” est inévitable chez les écrivains dans un sens très personnel du terme. Alors, il essaye de décider, en se basant sur sa propre interprétation du mot “plagiat”, s’il est licite ou non de copier les idées que l’on écrit sur papier.
On pourrait penser qu’il s’agit d’un journal parce qu’il ne s’adresse jamais au lecteur; pourtant elle a bien été publiée et a mérité le Prix Nobel que Sartre, comme il fallait s’y attendre, a refusé.
Ainsi, nous allons tenter de démontrer comment Sartre utilise son enfance et les mots pour parler de sujets philosophiques et existentialistes.

Il y a trois centres d’intérêt à signaler : l’imposture ou mensonge dans la paternité de la littérature, l’authenticité d’inventions qui ne sont pas vraiment des inventions et finalement la justification de Sartre sur cette manière de copier dont il commence à se servir.
Pour Sartre, l’importance qu’atteignent les mots ne sera jamais suffisamment décrite. On le remarque dans le texte à la phrase suivante: “j’ai dit que je tenais les mots pour la quintessence des choses.” Sartre a toujours été un écrivain obscur et déprimé, inquiété par l’angoisse existentiel, tel que l’exprime cette phrase : “Rien ne me troublait plus que de voir mes pattes de mouche échanger peu à peu leur luisance de feux follets contre la terne consistance de la matière : c’était la réalisation de l’imaginaire”

Dans le premier mouvement du texte, il éprouve une très grande joie en comprenant l’existence à travers l’écriture, en effet quand il croyait transférer aux lettres un fait imaginaire, ce fait n’était que la copie des images antérieurement observées par lui. Les mots représentent un élément captivant qui renferme tout ce qui porte un nom, car les propres mots rende possible leur existence. Cela se dénote dans l’extrait “Pris au piège de la nomination, un lion, un capitaine du second Empire, un Bédouin s’introduisaient dans la salle à manger; ils y demeuraient à jamais captifs, incorporés par les signes.”

Dans le deuxième mouvement, l’auteur fait allusion a la vraisemblance de la vie réelle, qui ne peut pas être dérivée d’autre parte que de la mémoire. Nous sommes alors incapables de rédiger un texte fictif si on l’écrit partir de nos souvenirs. Ainsi l’explique Sartre “L’argument, les personnages, le détail des aventures, le titre même, j’avais tout emprunté à un récit en images paru le trimestre précédent. Ce plagiat délivrait de mes dernières inquiétudes: tout était forcément vrai puisque je n’inventais rien.”

Finalement, au troisième mouvement, Sartre dit se sentir fier à propos de son travail, car il modifie la réalité en l’améliorant et de cette façon il est juste d’appeler “inspiration” un mélange des deux. Sartre commence donc l’écriture déjà légitimé, en réalisant ce “plagiat”. Il peut alors affirmer “Me tenais-je pour un copiste? Non. Mais pour un auteur original: je retouchais, je rajeunissais; par exemple, j’avais pris soin de changer les noms des personnages. Ces légères altérations m’autorisaient à confondre la mémoire et l’imagination sûreté qu’on prête à l’inspiration entre sept et huit ans.”

Passons à présent aux temps verbaux utilisés : le passé simple et l’imparfait principalement. Il s’agit d’une élection délibérée, puis qu’il lui est fortement utile de parler d’une époque de sa vie qu’il voit déjà avec une certaine perspective. Ainsi, de la même manière qu’un psychologue nous pose des questions sur notre enfance pour expliquer notre comportement actuel, Sartre s’interroge sur sa propre enfance, pour faire ce qui semble bel et bien être sa propre analyse.
Le pronom verbal prédominant est évidemment le “je” de la première personne, puisqu’il s’agit d’une oeuvre autobiographique, mais on note aussi la présence de la troisième personne. Il n’y a personne d’autre à relever : L’écrivain est tout seul avec son cahier, à réfléchir sur les autres individus et les choses qui l’entourent en employant la troisième personne du singulier ou du pluriel. Par exemple: eus-je, je posai ma plume, rien ne me troublait plus, Pris au piège de la nomination, un lion, un capitaine du second Empire, un Bédouin s’introduisaient dans la salle à manger, Je n’ambitionnais pas d’être publié, etc.”

Quant aux champs sémantiques, on distingue celui du monde l’écriture: Écrire, plume, les signes, un cahier, une bouteille d’encre violette, la couverture, l’argument, les personnages, plagiat, emprunter des idées, publier, un récit, inventer mon modèle, écriture automatique. Sa présence s’explique évidemment à travers de l’intention du texte, car il s’agit d’un traité sur l’écriture.

On rencontre aussi un autre champ sémantique, celui de l’imaginaire: Imaginaire, rêve, mémoire, imagination, aspiration. L’écriture est intimement liée à l’imagination, même lorsque l’on traite du plagiat. Ce que Sartre démontre au long de ses propos.

Le trouble et l’hésitation forment eux aussi un champ sémantique supplémentaire: Troublé, pris au piège, inquiétude, hésiter. Dans toute réflection philosophique les doutes et l’hésitations apparaissent inévitablement.

Dans cet extrait transparaît aussi un champ lexical de l’aventure, mais sa présence sert avant tout à illustrer les exemples utilisés par Sartre.

Le rythme du récit est rélativement rapide, parce qu’il est composé par des phrases courtes et l’abondance de verbes de mouvement (arrêter, troubler, remonter, délivrer, etc.) Le langage simple mais précis et soigné font de la lecture de ce texte un plaisir esthétique et intellectuel.

En définitive, Sartre pousse les doutes existentielles jusqu’à leurs extrêmes : il questionne tout ce qui est “questionnable”.
Pour lui les mots soutiennent le monde, le contienent; le rendent possible. De plus, les mots (ou l’écriture) sont sa seule échappatoire, pour lui, un enfant solitaire et “truqué”. Il expose tout d’un point de vue adulte, mais un adulte qui essaye de comprendre des questions philosophiques et humaines à travers de son enfance.
Dans ce fragment, l’auteur arrive à nous transmettre sa propre inquiétude en nous poussant à réfléchir sur le rôle de l’écrivain, qui mélange l’imaginatio, la création et le vécu, pour élaborer ses oeuvres.

Dès lors, le plagiat n’est pas détestable pour autant que l’on tire les idées de la vie même.
Sartre a été le père de ce qu’il nommait “La psychanalyse existentielle” et, précisemment dans l’oeuvre dont est extrait ce fragment, il démontre toute l’importance de son rôle.

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