Essai d’épuisement d’un journal gratuit parisien I:Qu’est-ce qu’un «transformer» et pourquoi est-il en train de casser la première page à coups de poing?

Essai d’épuisement d’un journal gratuit parisien I:Qu’est-ce qu’un «transformer» et pourquoi est-il en train de casser la première page à coups de poing?

Nous sommes le mardi vingt juin. La météo avait prévu du beaux temps mais ce fut faux. Je rentre dans le métro, et, allongé sur un siège d’un métro quasi vide de onze heures du soir, je vois un journal gratuit que quelqu’un avait dû dédaigner, le laissant à la portée de ma main. C’est lorsque je le saisît que ces histoires commencèrent.

Un «transformer» était, à la base, un jouet créé par une compagnie japonaise vers les années quatre-vingt. La caractéristique qui les rendît populaires étant leur capacité d’être un double objet: «voiture-humanoïde, camion-humanoïde, etc…». Cette transformation ludique ouvrit le marché japonais et américain à ces jouets qui furent, par la suite, repris comme des personnages pour une série de dessins animés , dont Marvel détient les droits et qui connût un succès mondial dans les années quatre-vingt.

En ce qui conerne l’univers de l’histoire, il s’agit de robots extraterrestres venus afin d’empêcher les forces du mal de nuire à la Terre. Pour atteindre leur but, ils possèdent des capacités mécaniques leur permettant de se camoufler à l’aide d’un scanner, qui fait prendre l’apparence de l’objet.

C’est peut-être pour cela que j’en vois un accroché à la première page de mon journal. Cependant, ceci ne suffit pas justifier sa présence. Creusons donc encore.

En 2007, les dessins animés furent retouchés à l’ordinateur, ou plutôt refaits pour correspondre à la demande d’une esthétique numérique en vogue depuis presque quinze ans, en ce qui concerne le milieu de l’animation. Ayant été un enfant qui grandît avec la télévision publique, la curiosité de voir «l’évolution» des personnages m’apprenant l’ultime recours à la force pour la survie, m’amenât dans une salle mexicaine admirer mes héros.

 

Ainsi, j’ai pu tirer deux conclusions de cette séance cinématographique:

 

1.- Il faut laisser les beaux souvenirs être ce qu’ils sont, c’est-à-dire des images floues construisant notre passé et forgeant notre rapport au bonheur. Mes souvenirs d’enfance, devinrent deux heures de vacarme , avec combats à gogo et bruit infernale de balles sans aucune justification. Des courses poursuites interminables permettaient au public d’aller aux toilettes et revenir sans qu’elles eurent finies. Ce qui resplendissait dans ma mémoire comme des héros bienfaisants nous voulant du bien, se transformèrent – et à ce propos je ne peux me plaindre de la véracité du titre- en humanoïdes pensants et assimilant toute l’idiosyncrasie conservatrice américaine post-«11 septembre». Il s’agissait, comme dans tout film financé par les rois du cinéma – et surtout de la distribution-, d’une histoire simple où l’on trouve un méchant et sa contrepartie.

Un adolescent, auquel ses parents achètent sa première voiture – rite initiatique pour rentrer dans le clan- se retrouve confronté aux vicissitudes qui lient de manière très forcée les mondes humain et robotique. Bien évidemment, le film avait aussi son ingrédient sexuel dans la forme délicate d’une actrice de beauté standard – pour des fins de distribution mondiale- qui est arrivée, comme il se doit dans le marché des films pour adolescents, à tomber amoureuse du «souffre-douleur» de la classe – jamais remarqué par elle auparavant-, laissant d’un côté tous les préjugés sociaux que son statut de « cheer leader » lui faisait revêtir. C’est simple, le bien triomphe. Mais le massacre des souvenirs se déclara dès la sortie de la salle.

2.- Les effets spéciaux en mettent plein la vue: explosions, missiles, bagarres entre deux voitures qui deviennent des démiurges; et se transforment ensuite en objet d’apparence trompeuse. Des animations brillantes, reconstitution des textures. Cependant, la technique ne fait pas tout le travail du peintre, et malgré la vraisemblance visuelle des objets inexistants, le manque d’une histoire solide, rendait le travail technique vain. Le film n’avait rien à dire. La conclusion était claire: «on nous prend pour des cons, et le pire, en assistant par millions aux salles pour s’en prendre plein la vue, nous alimentons une industrie qui confond divertissement et stupidité».

Ce n’est pas alors à cause des capacités mécaniques des matériaux, qu’un transformer est en première page, même avant les informations du monde, de la politique, de l’économie, du sport, et même avant la séance de Sarkozy au congrès de Versailles. C’est parce que les producteurs des films nous demandent directement: «Tu veux de la violence, des effets spéciaux, et voir une fille bien belle?… Les voilà! Mais il faut que je le dise à tout le monde: la première page c’est un bon plan!».

Naïvement, je crus qu’un journal était avant tout cela, tel que des souvenirs d’enfance sont ce qu’ils sont. Je failli presque oublier, mis en confiance par l’omniprésence de ces tas de papier encré, qu’un objet qui est gratuit, doit forcément me demander quelque chose en retour. Et, une page supplémentaire vaut bien un «transformer» pour annoncer qu’ils veulent encore nous prendre pour des cons: «Transformers 2».

 

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