La balance de pointe et un médecin sodomite

Le médecin me disait avec une certaine fierté que la balance était un équipement de pointe, en même temps qu’il m’incitait avec ses mains à monter, comme en disant « allez-y, vérifiez-le de vous même ». Je n’ai eu d’objection, j’étais quelque peu mal à l’aise. Non pas à cause de ce qu’il me disait mais parce que je savais que j’avais poussé ce rendez-vous avec moi même pendant des années. Du moins de mon propre gré. Dans les quatre ans et quelque que j’avais été là, je n’étais jamais allé chez ceux qui ont fait le serment d’Hippocrate.

Malgré les capacités de l’appareil, j’ai trouvé qu’on y avait du mal à monter. D’autre part je m’attendais à un écran numérique, mais je me suis trouvé devant une vieille aiguille que, de mon point de vue, ne faisait que peser. Je ne voyais pas la technologie « de pointe ».

  • Restez debout, monsieur, sinon l’appareil ne peut pas faire son travail.
  • J’essaie, mais il est trop près du mur et je pars ver l’arrière. Ça fait partie du truc ?
  • Non, ça c’est parce que c’est un objet fragile et si je le mets ailleurs dans mon cabinet, je risque de lui donner un coup de pied et de l’abîmer. Essayez sur une jambe.
  • Comme ça ?
  • Parfait. Vous arrivez à voir le chiffre ? J’ai mal au dos et je ne peux pas me pencher.
  • Si je baisse la tête, je tombe.
  • Non avons un souci alors. Descendez, je vais appeler mon secrétaire.

J’ai arrêté de faire l’idiot et je suis descendu. Près de l’emplacement du rectangle métallique qui devait annoncer ma masse en fonction de la pesanteur de la terre, il n’y avait pas d’objets à moins d’un mètre. J’aurais voulu avoir quelque chose pour m’asseoir, me saisir, m’adosser, m’accouder, m’agenouiller, m’allonger, m’enrouler, me fondre ou disparaître.

Je n’avais pas envie d’être là. Je me rappelais de Ioro disant « de toute façon, je sais que je vais pas bien, du moins en termes médicales ». Je suis resté débout, pieds nus sur le sol frais comme seul accrochage au monde. Le médecin est revenu avec son secrétaire, un jeune homme en costard et sans expression, un peu trop bien habillé pour un petit cabinet.

  • Vous avez compris ?
  • Oui, docteur, j’ai compris, il fait le flamand et je regarde l’aiguille et vous annonce la mesure.
  • Voilà ! Montez, s’il vous plaît !
  • J’y vais.
  • Non, en un seul pied, comme les unijambistes et les funambules.
  • Attendez, je dois trouver le point d’équilibre avec les deux d’abord.
  • Excusez-moi, vous avez raison, prenez votre temps, moi je vais prendre un café entre-temps, vous en voulez, Goncalvès ?
  • Non, merci, docteur, j’en ai pris un tout à l’heure avec la patiente qui vous attendait patiemment.
  • Ah, Goncalvès, vous et les mots…
  • J’y suis presque, docteur, comme ça ?.
  • Prenez votre temps, que je vous dis.
  • Mais j’y suis presque.

Le secrétaire Goncalvès devait être habitué à ce genre des scènes puisqu’il ne semblait nullement étonné. Moi, j’avais du mal à supporter le contact avec cette surface aseptique en métal qui me donnait des frissons et me rendait la tâche difficile. Ce n’est pas de ma faute, j’ai toujours eu une peau sensible qui s’excite au moindre frôlement inhabituel. Ce n’est pas toujours agréable.

  • Vous m’appelez, monsieur Goncalvès, quand il aura atteint l’équilibre.
  • D’accord, docteur.

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